ÉDI ' LYBRIS :

L'édition, autrement  !...

 

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UN NOUVEL AUTEUR CHARENTAIS

PRÉSENTATION

Jannick WEBER-DENÉCHAUD

Jannick WEBER-DENÉCHAUD vit à Saint-Porchaire en Charente Maritime.  Secrétaire Générale de Mairie en retraite, atteinte d’une dégénérescence de la rétine, elle  consacre son temps à l’écriture (avec un matériel adapté) et à l’enregistrement de livres pour la Bibliothèque Sonore Départementale.

Vice-présidente de l'association Edi'lybris, elle s'attache à faire connaitre au plus grand nombre les avantages proposés par Edi'lybris.

24/03/2018

NOUVEAU PROJET DE PUBLICATION :

 

JAMBA

Chien guide de la race des Seigneurs

Jannick et jamba pour site

Dans la présentation de l'auteure, il est évoqué la dégénérescence rétinienne dont Jannick Weber-Denéchaud est atteinte. Ses difficultés pour voir l'ont amenée à se rapprocher d'une école de chiens-guides pour mal ou non-voyants. Il lui a été attribué une chienne flat-coated, afin de répondre à ses besoins.

JAMBA, chien-guide de la race des Seigneurs, raconte, de la naissance à aujourd'hui, le parcours de cette aventure extra-ordinaire vécue par l'animal et sa maîtresse.

En avant-première, voici le premier chapitre. 

Le livre vous intéresse ? N'hésitez pas à imprimer le bon de commande et à bénéficier de la réduction consentie pendant la période de souscription ! Attention : le module Paypal n'est pas opérant actuellement, il faut passer par la bonne vieille méthode de l'impression et de l'envoi par courrier du bon accompagné du règlement.

Nota : les frais de port ont encore été augmentés par la Poste  ;  or, nous avons décidé de maintenir le coût de l'an passé, soit 3,90€ l'envoi d'un exemplaire. Profitez en !

extrait

Quatrième de couverture :

Cela vous dirait d’entendre dix fois par jour « arrête de trainer dans mes pattes » ? Je sais bien que ce n’est pas recommandé, mais dans mon cas, ça devient salutaire ! En effet, je prête mes yeux à ma maîtresse et je la conduis là où elle le désire en la sécurisant le plus possible... Mais avant d’en arriver là, il m’en a fallu du chemin ! Je vous propose d’en faire un bout avec moi, tout en découvrant mon existence de chienne destinée à aider les personnes mal-voyantes ou aveugles... Plongez dans mon intimité timide et dévouée, vous craquerez, à coup sûr !

 

CHAPITRE 1Couverture recto jamba pour internet

La Genèse

Vous ne me connaissez pas encore, et pour cause ! J’insiste sur le mot « encore » car, en effet, je ne suis pas née. Je n’en suis même pas au stade de la rencontre du spermatozoïde et de l’ovule, alors vous pensez ! …

Je vais oser vous livrer en avant-première ma future vie en commençant par vous confier le nom qui m’est prédestiné : « JAMBA ». Ma maîtresse dira, un jour : « c’est « une jambe avec un A ».

Avant de devenir l’être exceptionnel que je suis, il m’est arrivé des aventures originales. Je vous assure, tout n’a pas été un long fleuve tranquille.

Pour autant, tout a commencé par une vague sensation cotonneuse comparable à des nuages blancs traversés régulièrement par un rayon lumineux. J’avais l’impression de flirter avec les étoiles, la lune, le soleil… bref, je ne sais plus trop ! 

Dans la douceur tiède du milieu ambiant et le calme régnant, j’espérai que cette situation angélique perdurerait mais non.

Il est un fait que je suis encore immatérielle puisque pas encore une cellule. Je suis donc censée n’être rien… ou pas encore quelque chose ! Cependant, j’ai l’impression de faire exception à la règle, car je suis déjà dotée de la pensée !

En ce moment, je saute, cours et esquive des écueils placés sur mon chemin. On veut m’agripper mais c’est peut-être une vue de mon esprit ? Si l’on me harponne autant que cela soit agréable.

Gloups, ça y est mais, quelle surprise, je ne suis pas toute seule ! 

 Je me tapis dans un coin et constate que je suis dans un immense tunnel, entourée de millions de bidules qui s’activent, se chamaillent et me bousculent, comme s’ils voulaient prendre ma place. Je les laisse faire et j’attends mon heure. Pour m’occuper, je me lance dans le travail titanesque de recenser tous ces fous. Finalement, après m’être trompée plusieurs fois, avoir compté et recompté, j’arrive à 299.900 millions de bestioles aux traits identiques aux miens. Affolant, je vous dis !

Occupée à réviser mes leçons de mathématiques, les copains continuent de s’exciter et le carnage auquel j’assiste me laisse pantoise.

Des milliers d’entre eux sont déjà hors course, épuisés, gisant le ventre en l’air comme des moribonds. Au fil du temps, leur nombre s’accroît de manière inquiétante. Je suis maintenant entourée de malfaisants dont les membranes essayent de m’agripper mais je me défends. Je louvoie doucement et je navigue à vue dans toute cette marée de bêtes microscopiques. Au fil du temps, ils disparaissent presque tous. Il en reste plusieurs dizaines, fatiguées ou amochées.

Cette affaire a commencé depuis plusieurs heures et seuls quelques-uns restent combatifs. Je m’approche tout doucement, en faisant le moins de bruit possible et, mue par un espoir insensé, je profite d’un passage et m’y engouffre à toute vitesse. Je m’enfonce alors dans une sorte de texture exhalant de divines senteurs.

Sans que je puisse en expliquer les raisons, je comprends… Nous sommes des spermatozoïdes   et nous nous trouvons dans un ovule. J’en déduis être déjà dotée d’intelligence. Bizarre…

Subitement, je sens autour de moi un environnement réactif. Je me recroqueville pour éviter toute mauvaise surprise. Je compte huit bestioles ayant la même apparence que moi. Elles se faufilent dans tous les sens, se bousculent et veulent même me faire des guiliguilis.

Les copains-spermatozoïdes, restés à l’extérieur, font un raffut d’enfer. Je les entends frapper à la porte, hurler de désespoir. Soudain, c’est le silence… Sont-ils morts ?

Tout va mieux cependant. Je vais me plaire dans ce havre de paix, dans lequel je navigue doucement. J’explore les parois claires et translucides sans relâcher mon attention.

Tout à coup, des soubresauts me font bouger dans tous les sens. Décidément, on ne peut jamais être tranquille ! Je me retrouve la tête en bas et j’ai beau secouer ma petite queue avec frénésie, pas moyen de retrouver une position confortable. Que se passe-t-il ? Ah, le calme revient ! Ce n’est pas trop tôt, je commençais à avoir « le virounat » (vertige).

Je me trouve dans une sorte de poche gélatineuse. Tout y semble doux. En revanche, l’extérieur me paraît inhospitalier ; des tuyaux, des fils et un tas de trucs bizarres cohabitent. J’ai intérêt à rester tranquille si je ne veux pas subir un mauvais sort. Je m’accroche, je lutte. Je m’aperçois alors avoir perdu mon appendice. Paniquée, je crie :

— Au secours, on a volé ma queue !

Bien entendu, c’est une histoire sans parole. Tronquée de cette partie, je ne peux réagir et me mouvoir efficacement. Pour oublier cette horreur, je m’assoupis. Quelque chose d’inhabituel me réveille :

— Qu’est-ce donc ?

J’observe les alentours, inchangés. Seulement, ô tristesse, mon corps a diminué et j’ai perdu mes mitochondries. Peu importe, je ne souffre pas. J’ai même une impression d’agilité. Je rejoins ce monde merveilleux en oubliant ces obstacles franchis, nécessaires pour l’atteindre.

Mon sommeil réparateur dure environ trois jours. Il me permet de faire le plein de batteries. Je suis tout à coup réveillée par une sensation étrange. J’ai l’impression de changer de cap et me fais toute petite pour éviter les ennuis. À force d’être secouée, je pourrais tomber et alors là, adieu l’avenir idyllique auquel j’aspirais. Je me cale dans un coin, j’attends et je m’endors. Eh oui, vous avez sans doute remarqué ? Je dors beaucoup !

FILS DE COCO

 

FILS DE COCO

sorti des presses et disponible !

Fils de coco pour site edilybris

de Jannick WEBER-DENÉCHAUD

 

Le livre, conformément au calendrier de publication, est sorti des presses et il est d'ores et déjà disponible. N'hésitez pas à vous le procurer via la rubrique Commandes. Actuellement, l'accès à Paypal n'est plus possible et le paiement en ligne est inopérant. Vous pouvez donc imprimer le bulletin de commande et l'envoyer au siège de l'association : EDI'LYBRIS - 9 rue des Mésanges 79400 SAINT-MAIXENT L'ÉCOLE accompagné du règlement.

Nota : les frais de port ont encore été augmentés par la poste. Nous avons décidé de ne pas répercuter cette hausse afin de permettre aux lecteurs de continuer à nous faire confiance. Pour un exemplaire commandé, ces frais restent donc fixés à 3,90€.

 

En avant-première, voici le résumé du livre et, plus bas, le premier chapitre : 

 

Être fier de ses convictions, porter haut ses couleurs, partager la même motivation et la même espérance, c’est à la fois noble et
dangereux durant les années d’Occupation ! Vladimir en fera l’amère expérience, surtout lorsque par un concours de circonstances, il se retrouve prisonnier dans un goulag stalinien ! Le parti dont il était si friand l’avait récompensé à sa façon ! Mais de là à se faire bedeau dans une petite commune de Saintonge... allez comprendre...

 

PREMIER CHAPITRE

 

Le mois de novembre s’annonçait particulièrement pluvieux et, en cela, collait peu ou prou à la définition étymologique du mois de brumaire, selon le calendrier républicain. Les nuages bas, qui obscurcissaient le ciel dans un voile continu, laissaient présager de nouvelles précipitations, ce qui ne changeait en rien le mauvais temps qui sévissait depuis ces derniers jours. Depuis quand pleuvait-il sur la ville ? Nul n’aurait su le dire avec précision. C’était comme au jour du jugement dernier, le ciel commençait à offrir aux regards le tumulte annonciateur d’un chaos imminent.

Les premières gouttes de pluie, chassées par un vent tourbillonnant, se mirent à fouetter violemment la fenêtre de la salle à manger. Un rideau en plastique transparent constellé de déjections de mouches, retenu sur le châssis par des punaises, occultait les vitres poussiéreuses, jamais nettoyées. Le bruit de l’eau projetée violemment sur les carreaux s’intensifiait progressivement et l’intérieur de l’appartement, simplement éclairé par une ampoule nue pendant au bout d’un fil, s’assombrit singulièrement. L’atmosphère glauque sur fond de tons grisâtres qui se dégageait de cet endroit reflétait l’apparence de tristesse, de misère et de solitude de ses occupants.  

Accroché au mur de la cuisine avec une pointe rouillée, un calendrier publicitaire de la marque « Suze », se balançait au gré des courants d’air, semblant attendre qu’on le débarrasse de sa feuille du mois pour enfin dévoiler l’image des paysages enneigés de décembre. Sur le côté, on pouvait y voir la photo d’un paysan muni d’une sorte de pic, appelé « fourche du diable » en train d’extraire les racines de la gentiane qui, macérées et distillées produisaient ce fameux apéritif au goût amer qu’est la Suze. Il s’agissait d’une reproduction en miniature de l’œuvre d’André Roz, peintre du Haut Doubs, primé pour plusieurs de ses œuvres rurales. 

De petites taches de gras apparaissaient de ci, de là, montrant que l’almanach était feuilleté régulièrement. Ce jour-là, il indiquait : mardi 2 Novembre 1931, fête des défunts et de Victorin.

Encore enfoui sous l’édredon rouge délavé rempli de plumes d’oie, et peu enclin à s’extirper de cet endroit douillet, Vladimir se demanda si le père allait se souvenir du jour de son anniversaire et murmura : « Ce serait étonnant, il oublie toujours ! »

La porte d’un placard se ferma en grinçant sur ses gonds non huilés depuis des lustres. Vladimir sursauta et s’entendit interpeller :

— Dépêche-toi, tu vas être en retard à l’école … et tâche de ne pas te bagarrer.

— Ouais, P’pa ! ... Tu sais quel jour on est ?

— Mardi, pourquoi cette question ?

— Eh bien, parce que j’ai dix ans aujourd’hui.

— Ah, bon ! C‘est bien.

Ce fut tout. Le battant de la porte se referma presque aussitôt sur la respiration rauque et saccadée de Laurent Jamin, son père.

L’enfant flemmarda encore quelques instants dans son lit et se plongea dans ses pensées. Il tendit l’oreille et reconnut les pas laborieux de son père qui, dans l’escalier, marche après marche, prenait garde à ne pas glisser, en se cramponnant à la rampe. Il est vrai que le brou de noix grossièrement étalé par la concierge sur le giron sans pour autant le nettoyer, rendait l’ensemble fort dangereux.

Il se leva, se vêtit rapidement et prit sur le pouce un frugal petit- déjeuner, fait de lait chaud à la chicorée et de pain tartiné de saindoux que, pour une fois, son père lui avait préparé sur un coin de la table. 

Puis, après avoir endossé son vieux cartable à bretelles, il franchit la porte de l’appartement et dévala l’escalier, en se laissant glisser à cheval sur la rampe jusqu’au rez-de-chaussée. Bien entendu, lors de cet exercice quasi quotidien, il ne manquait jamais de pousser des cris de sioux ce qui irritait les autres locataires de l’immeuble. Mais, il n’en avait cure. La répétition de cet exercice périlleux avait pour conséquence de rendre luisant son fond de culotte courte, où l’usure et la saleté se confondaient sans que l’on puisse savoir laquelle des deux était la plus avancée.

Alors qu’il arrivait à l’école élémentaire de Nogent sur Marne, il aperçut au loin trois garçons qui semblaient le guetter. Vladimir n’était pas le dernier à chercher les embrouilles mais il préférait attendre la fin des cours pour s’expliquer avec ses détracteurs. Cependant, quand l’un d’eux l’interpella : 

— Hé, fils de coco, t’as la trouille ?

— Attends voir, gros sac, tu ne perds rien pour attendre, rétorqua-t-il.

Il s’agissait encore de l’un de ces échanges verbaux habituels entre garnements de quartier, dont il avait l’habitude. Il fit un écart pour les éviter et rejoignit le rang où, deux par deux, les élèves encadrés par un instituteur en blouse grise les dirigeait vers leur classe. La salle d’une superficie d’environ soixante-dix mètres au carré était éclairée par trois grandes fenêtres et chauffée par un poêle à charbon. Sept pupitres de six places chacun, avec casiers individuels, étaient dotés d’autant d’encriers que d’occupants. Un tableau noir occupait la plus grande partie du mur du fond, derrière l’estrade où se tenait l’enseignant. Sur la droite, des cartes murales, punaisées sur le mur, indiquaient les pays et leurs capitales.

Catalogué comme élément perturbateur irrécupérable par l’instituteur, il s’était vu relégué tout naturellement au fond de la classe. Les convocations que le staff éducatif adressait régulièrement à son père - qui avait bien d’autres chats à fouetter -, achoppaient invariablement sur une fin de non-recevoir et chacun s’accommodait de ce jeune, au caractère irascible.

Après les échanges de salutations de rigueur et avoir accordé à l’ensemble de la classe l’autorisation de s’asseoir, Monsieur Rigaud commença son cours par l’évocation de la guerre de 1914/1918 et interrogea les écoliers :

— Pourquoi appelle-t-on ce conflit « la grande guerre » ?

— Parce qu’elle était pas p’tite, lanca Vladimir, hilare.

Bien entendu, toute la classe s’esclaffa, sauf le maître qui, courroucé, fut contraint d’intervenir pour ramener le calme. Il en profita pour tirer les cheveux de l’impertinent, juste au-dessus de l’oreille, là où la douleur fut telle qu’elle lui arracha des hurlements.

— Petit impertinent, tu devrais avoir honte et réfléchir à ce que ton père a vécu.

— Ouais, il m’la dit mais j’y comprends rien. Il est parti à la guerre et a bataillé dans la Champagne, l’Argonne, la Meuse et Verdun…

— Et la Champagne se trouve où, à ton avis ?

— Dans une bouteille avec un bouchon qui saute, répondit-il avec un sourire malicieux qui suscita de nouveaux éclats de rires et un nouveau rappel à l’ordre de l’enseignant ; il ajouta naïvement :

— Ben quoi, c’est vrai ! Il a respiré du gaz et maintenant il a les poumons d’un vieux. Faut être fou d’faire ça !

Il fut prié vertement de se taire et de présenter les extrémités de ses doigts pour recevoir plusieurs coups de règle métallique. Vladimir serra les dents et encaissa sans broncher.

Passé ce moment de distraction intempestif, l’instituteur tenta ensuite d’expliquer aux écoliers les raisons de ce conflit et la vie des combattants dans les tranchées souvent remplies d’eau et de boue, les corps à corps entre belligérants avec les fusils à baïonnettes, le gaz moutarde, les neuf millions de morts et les vingt-trois millions de blessés. Vladimir écoutait d’une oreille distraite et toutes ces explications lui parvenaient par intermittence, dans une sorte de brouillard cotonneux. Il préférait observer les pigeons qui se regroupaient sur les fils téléphoniques en pensant qu’ils avaient bien de la chance de ne pas être obligés d’écouter toutes ces vieilles histoires dont son père lui rebattait les oreilles.

À la fin des cours, il n’y eut point de bagarre car les mamans attendaient leur progéniture à la sortie de l’école. Comme d’habitude, Vladimir reprit le chemin du trois-pièces-cuisine qu’il occupait avec son père.

Le soir, il osa poser quelques questions :

— Dis P’pa, pourquoi j’ai pas d’mère ?

— T’en as une mais elle trouvait la vie trop difficile… Un jour, elle est partie.

— Tu crois qu’elle reviendra ?

— Ça m’étonnerait.

Le père mit fin à la conservation et se remémora cet épisode de sa vie, pas si lointain où, passés les premiers émois amoureux, sa jeune femme se lassa vite des fins de mois difficiles, de la chambre de bonne au 6ème étage d’un immeuble vétuste du 19ème arrondissement, des soirées à attendre son mari qui participait à des réunions syndicales et s’y attardait volontiers.

La naissance, le 2 novembre 1921, d’un fils prénommé Vladimir, sans doute en souvenir de Lénine, n’influa en rien sur le mode de vie chaotique du couple. En 1924, Jeanne confia son enfant de trois ans à la concierge et quitta le domicile conjugal pour ne plus y revenir et disparaître définitivement, sans laisser de trace.

Laurent se retrouva donc seul pour élever son fils, contraint de faire face au surcroît de responsabilités que générait l’éducation d’un enfant. Il occupait toujours la chambre de bonne et quelques âmes charitables lui donnèrent un petit lit pour remplacer le coffre en osier qui servait de berceau ainsi que quelques effets vestimentaires. Les toilettes à la turque, situées au 5ème étage, soulevaient de sérieux problèmes d’utilisation et le ravitaillement en eau l’obligeait à descendre fréquemment au rez-de-chaussée, seul endroit où un robinet était à la disposition des locataires des chambres de bonne.

Une fois par mois, il se rendait aux bains-douches municipaux, construits à la fin du XIXème siècle lors du mouvement hygiéniste et de réorganisation des villes ouvrières lié au socialisme local. Bien souvent, ses camarades lui prêtaient l’argent nécessaire car, faute de travailler régulièrement, c’était la misère noire.

Jusqu’à ce que Vladimir ait atteint l’âge de six ans, Laurent dut se résoudre à confier l’enfant à la garde de la concierge, une grosse souillon rémunérée par l’assistance publique qui vivait dans deux pièces exigües.

*

Il ne faisait pas de doute que Laurent aimait son fils mais ses engagements syndicaux et politiques lui laissaient peu de liberté. Et de surcroît, faute de soins adaptés, son état de santé déclinait. Les tissus pulmonaires se détruisaient irrémédiablement et de fréquentes douleurs abdominales le laissaient souvent exsangue, mais il s’accrochait à la vie.

En 1927, il obtint enfin un logement digne de ce nom qui, grâce à la solidarité communiste, fut meublé sommairement. Il possédait dès lors une petite cuisine située dans un renfoncement de la salle à manger (que l’on appellerait aujourd’hui une kitchenette) avec l’eau courante et une cuisinière à charbon, ce qui, par comparaison avec sa situation antérieure, et toute proportion gardée, représentait une nette amélioration de ses conditions de vie. Deux petites chambres donnant sur cour complétaient l’appartement et Vladimir apprécia pendant quelques mois ce petit espace meublé d’un sommier sur cales avec un matelas en laine, une ancienne caisse à oranges en guise de table de nuit, une chaise paillée et un pot de chambre en tôle d’acier émaillé. Les quelques rares vêtements qu’il possédait étaient suspendus à des crochets fixés au mur. Vladimir profita de ce havre de paix jusqu’à l’arrivée de Jules, un ami de son père, qui récupéra la chambre de l’enfant, l’obligeant à dormir dans un coin de la salle à manger où son lit avait été installé entre deux portes.

La pièce à vivre était meublée d’une vieille table de ferme, de quatre chaises et d’étagères sur lesquelles trônaient les divers ustensiles et les couverts nécessaires au quotidien. Le recoin faisant office de cuisine était équipé d’un réchaud à pétrole, d’un seul feu, permettant de faire cuire les aliments lorsque la cuisinière à charbon était éteinte.

Maxime-Félicien DENÉCHAUD, mémoire sauvegardée

« C’est avec une grande émotion que j’ai lu son témoignage et le vécu de Maxime. Pour ceux qui, comme moi, ont eu ou connu des personnes victimes des camps de prisonniers, ce récit nous ramène loin en arrière. Malgré le nombre de livres parus sur ce sujet depuis la dernière guerre , je suis persuadé qu’il aura beaucoup de succès. Ce serait une juste récompense pour le travail de recherches effectué par Jannick et William.»

Ce témoignage d’un lecteur du comité d’Edi’lybris reflète le caractère historique, familial et social du récit de Jannick. Son devoir de mémoire envers son père dépasse largement le cadre familial : il s’adresse à tous ceux dont un parent a vécu le drame d’être prisonnier de guerre.

Projet 8 mfdms

Extrait :

L’hiver 1941 est arrivé très rapidement. Dès la fin du mois de septembre, la neige avait recouvert le pays. Cependant, grâce au soutien logistique familial, la vie de Maxime s’en est trouvée légèrement transformée. Il possédait maintenant de grosses chaussettes de laine, un bonnet, un gilet, une écharpe et des sur-chaussettes fabriquées par Denise. À partir de cette époque, malgré un quotidien difficile, les morsures du froid lui ont paru moins terribles.

Le travail en forêt a repris et pour s’y rendre, les prisonniers devaient d’abord dégager les chemins. Ils ne se pressaient pas, afin de raccourcir la journée de labeur.

Le gel était préférable à la neige car, malgré les clous que le sabotier enfonçait dans les galoches, il devenait quasiment impossible de circuler. Avec les autres, Maxime restait autour du feu pour jouer aux cartes ou lire. Grâce aux envois des familles, ils ont réussi à se constituer une petite bibliothèque ; mon père passait des heures plongé dans la partie histoire-géographie du Larousse.

Un camarade-prisonnier fabriquait des marionnettes dont l’une représentait Hitler, sans culotte et portant un bonnet d’âne. Bien souvent, cette effigie s’est retrouvée éventrée.

– Ce guignol improvisé nous faisait rire aux éclats, confiait-il. Au stalag, le quotidien était plus difficile à supporter mais les prisonniers bénéficiaient de distractions tels que théâtre, orchestre et rencontres sportives. Nous, on devait se contenter de peu mais la nourriture était plus abondante et variée et on pouvait facilement resquiller, alors, à tout prendre…

André qui comprenait de mieux en mieux l’allemand grâce à ses activités amoureuses, apprit en décembre que les troupes allemandes avaient été stoppées devant Moscou.

– Ils auraient dû se souvenir de Napoléon, énonçait sentencieusement Maxime. Et puis, quel bonheur quand les États-Unis sont entrés en guerre ! On a chanté toute la nuit. Jamais cette bande de fous ne pourrait faire face sur tous les fronts, il suffisait d’attendre !

L’hiver 41/42 fut aussi froid que le précédent et, mis à part quelques petites bouteilles d’alcool envoyées par Denise, il avait dû se contenter de tisane.

– J’en avais marre de leur pisse d’âne alors, j’ai décidé de confectionner un alambic. Ah, que de temps passé mais quelle expérience !

L’opération s’est avérée longue et délicate car se procurer le matériel nécessaire relevait de la haute stratégie. Il adorait m’expliquer sa réalisation.

– J’avais volé une vieille lessiveuse dans laquelle on a versé des patates fermentées. Au centre, un tuyau rouillé formant à son extrémité une sorte de serpentin, descendait sur un ancien pot de chambre, le tout monté sur le poêle chauffé à blanc pendant des heures. En fin de soirée, j’ai entendu Marcel crier : « Maxime, Maxime, ça pisse, ça pisse ! »

Il avait réussi à fabriquer de l’alcool. La soirée a été mémorable … évidemment bien arrosée. Des petites choses comme celle-ci maintenaient son moral à l'optimisme ; il le fallait, car les sujets de mécontentement étaient nombreux et engendraient de longues périodes d’abattement. Par exemple, en hiver, le courrier et les colis parvenaient rarement dans des délais raisonnables et arrivaient souvent ouverts et soulagés de quelques provisions. La Presse, réduite au journal « Le Trait d’Union » ne véhiculait que des idées collaborationnistes et terminait dans les latrines alors que « l’Optimiste » le canard du stalag, était lu attentivement par chaque prisonnier.

Caractéristiques : format 15x21, dos carré collé, 200 pages. Port : 3,90€ - pour l’étranger, nous contacter par mail : pierrebrandao@free.fr. Papier intérieur 90 grs bouffant, 350 grs pour la couverture quadri pelliculée. Votre exemplaire sera numéroté et dédicacé par l’auteur si vous souscrivez avant la date limite.

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NOUVEAU : LE CARNASSIER SAINTONGEAIS

Après les épisodes sérieux de Meurtres en Saintonge et d’Amour tragique en pays rochefortais, Jannick a concocté une histoire grinçante dans laquelle les travers humains se dévoilent autour d’un corps inconscient mais non dénué d’oreilles... La recette de l’auteure est explosive : entrée constituée de ressentiments, de rancoeurs et de vénalités, servie sur un fond de candeur exaspérante ; en plat principal, pensées friponnes secouant allégrement les petits légumes placés sous la ceinture ; en fromage éloquent, les rejetons piaffant à qui mieux mieux pour délester les richesses du mourant ; et en dessert, quelques surprises qui ne seront pas du goût des convives !
Pour la digestion, un grand éclat de rire !

Pour souscrire, cliquez sur l'image de couverture !

 

Extrait : le Carnassier saintongeais

Chapitre 1

Je sais que je suis étendu sur mon pieu. C’est une certitude parce que je me souviens qu’ils m’ont soulevé à plusieurs. J’en ai vu de toutes les couleurs et j’ai bramé comme un cerf. Enfin, je pense que des sons sont sortis de mon gosier mais dans mon état, allez savoir ! Maintenant, tout va bén. J’ai l’impression que mon corps flotte au-dessus de ma paillasse. Je me sens tellement léger que j’ai l’impression d’être une ajhace[1]. Je me dirige doucement vers un tunnel gris métallisé et je goûte avec délice ces instants maghiques quand j’entends des messes basses.

— Je crois qu’il n’en a plus pour longtemps.

Je reconnais la voix de ma dulcinée vieillissante mais pas celle qui lui répond. C’est pt’ être le draule du voisin de la ferme  des Mulots. Il habite un endroit prédestiné : rongeur campagnard, o lui va comme un gant, avec ses yeux vicieux et  ses petites dents acérées prêtes à la mordrerie de tout ce qu’il trouve. J’ignorais qu’il éprouvait de la sympathie à mon égard, quoique... ce soit plutôt de la curiosité malsaine. S’il ressemble à son père, rén d’étonnant.

– Le docteur a dit qu’il pouvait vivre encore plusieurs jours.

Si je dois vivre dans les conditions actuelles, je suis d’accord !

Leurs goules dau diablle[2] poursuivent.

— Le pov, il a tellement souffert que je lui pardonne car il n’était pas toujours gentil.

— Cela fait combien de temps que vous êtes mariés ?

— Quarante-sept ans dans deux mois.

— C’est un bail !

— Oui, j’ai dû souvent me cramponner.

Leurs clapets se ferment. Je ne sais pas qui discute avec ma vélle et o m’tape sur la coloquinte. A-t-elle besoin, cette prune melée de raconter ma vie ! Moi aussi, je l’ai supportée mais heureusement, j’avais des compensations extérieures. La pov Nicole n’était pas une beauté et avec les années, elle a davantage ressemblé à un bonhomme Michelin qu’à une femme attirante. Il m’aurait fallu une mobylette pour en faire le tour ! Pas étonnant si j’allais voer ailleurs ! De plus, elle était bête comme trente six cochons mais, comme on dit, quand le vin est tiré, il faut le boire…

 

[1]   pie

[2]   bouches du diable, qui parlent beaucoup

VU DANS LA PRESSE - ICIMAGAZINE

Jwd carnassier

AMOUR TRAGIQUE EN PAYS ROCHEFORTAIS

         

          Rochefort est une commune chargée d’Histoire et d’histoires... Les gens du peuple ont leurs petits secrets... Aussi, lorsque Georges prend possession d’une petite maison au Vergeroux, il est loin de se douter qu’à défaut de planter un arbre, il va déterrer un drame vieux de plus soixante ans ! Pour le major Masselin et ses enquêteurs, la tâche sera dure et ingrate : mener une enquête jusqu’à découvrir les coupables et savoir qu’ils ne pourront pas être jugés, terrible cas de conscience qui les bouleverse au fur et à mesure du récit qu’ils entendent de la bouche de certains survivants !
          Plongez au coeur de cette aventure, pigmentée deci-delà d’anecdotes croustillantes du quotidien du gendarme, et lorsque vous prendrez la pelle au printemps, attention à ce que vous pourriez découvrir au fond du jardin !

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Extrait : Amour tragique en pays rochefortais

Il aimait le travail bien fait et la présence de cet aménagement inutile l’agaçait. La pelle et la pioche entrèrent en action avec force et vigueur. Michel souhaitait conclure cette affaire dont la réalisation s’avérait plus compliquée et longue que prévu. Au bout d’une demi-heure, la terre enlevée laissa effectivement apparaître d’autres pavés. Y compris ceux déjà retirés, il en restait une certaine quantité qui semblait collée au sol argileux. Georges alla chercher une barre à mine et un burin qu’il tendit à Michel. Ce dernier se jeta à corps perdu dans ce qui, pour lui, devenait un problème personnel. Enfin, les premiers blocs restants se décollèrent de la terre et Michel jura à s’emporter le gosier.
— Tonnerre de Brest, qui est le chef ? s’écria-t-il.
— As ‘tu fini d’jucher d’mêm ? lui dit son père.

Les autres pierres taillées furent plus faciles à extraire et, fort satisfait de son travail, Michel s’apprêtait à remonter lorsque son pied s’enfonça. En le retirant, un morceau de toile en plastique s’accrocha à sa chaussure droite. Il se baissa et en aperçut un autre. Il tira vivement dessus, par simple curiosité. Il appela son père qui buvait tranquillement une bière en attendant la fin des opérations.
— Papa, viens voir, il y a encore un chien d’enterré, c’est un vrai cimetière, où je ne m’y connais pas !
Georges, un peu agacé, n’avait pas l’intention de jouer les fossoyeurs mais l’insistance de son fils l’obligea à descendre dans ce trou qui, au départ, ne mesurait que quarante centimètres de long et maintenant, atteignait près d’un mètre soixante. Il marmonna :
— Ces drôles, tous d’même, pouviant pas faire simple !
Même s’il avait conservé une bonne forme physique, sauter dans cette fosse ne l’enchantait pas et il prit certaines précautions, pour s’éviter une luxation. Il atterrit dans le fond en douceur et se retrouva collé au dos de Michel.
— On dirait une toile cirée, je vois des petites fleurs de différentes couleurs. Tirons dessus, on verra bien !
Au fur et à mesure, la nappe sortait de la terre et parfois se déchirait. Les deux hommes commençaient à suer et l’odeur de la terre humide leur collait à la peau.
— Eh bien dis donc, la bestiole était bien emballée, il y a encore une sorte de sac. Si ça continue, on va passer notre temps à larguer les cadavres de chiens dans les bois !
— Si on z’ou laissian ! suggéra Georges, peu enclin à recommencer le même manège que la veille, après tout, o fé ren !
Son fils ne semblait pas entendre et continuait de tirer sur la bâche en plastique et, subitement, il s’écria :
— P’pa, regarde ! …
— Quoi encore ? maugréa Georges.
— Une main !…
Et il se retourna pour vomir, laissant son père complètement éberlué. Quelques minutes s’écoulèrent avant que les hommes ne soient en mesure de reprendre leurs esprits.
— Faut sortir de là et appeler les flics ! déclara Michel.
— On n’a pas fini d’être enquiquinés ! répondit son père qui, subitement, retrouvait l’usage de la langue française.
Il n’avait effectivement pas tort. Après avoir ôté leurs équipements de jardiniers, les deux hommes rentrèrent dans la maison et s’accordèrent un moment de répit avant de téléphoner. Un petit Cognac leur redonnerait du courage ! Michel appela le 17 et expliqua brièvement la situation :
— Ne touchez plus à rien, on arrive ! fit son interlocuteur.
— Et le saule qui n’est toujours pas planté ! se plaignit Georges…

 

 

 

 

 

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MEURTRES EN SAINTONGE ou l'impossible descendance - ROMAN POLICIER

Extrait :

La cueillette des champignons était toujours, pour lui, un moment privilégié. Il était près de la nature, il caressait leur peau délicate, il humait leur parfum. Dieu que c’était bon ! Mais, pour l’instant, que nenni ! Cette vieille expression négative lui fit penser à sa mère qui l’employait fréquemment. La pauvre, ses os ne lui faisaient plus mal depuis longtemps ! Tout cela était bien loin !
Afin d’estimer la distance qu’il lui restait encore à parcourir, Paul jeta un coup d’œil devant lui et distingua l’orée sud-est du bois. Son attention fut attirée par une tache de couleur bleue qui paraissait saugrenue dans cet univers boisé aux teintes olivâtres dominantes. C’était insolite mais il s’agissait vraisemblablement d’un sac en plastique  qui s’était envolé de l’exploitation agricole voisine ! Ces nouveaux agriculteurs, qui revendiquent l’appellation de chefs d’exploitation, en prenaient bien souvent à leur aise ! Il se reprocha de devenir grincheux ; après tout, il s’agissait de ses pairs ! Mis à part « le Toulardeau », Paul défendrait toujours les gens de sa corporation. C’était sans doute cette odeur épouvantable et la pluie incessante qui influaient sur son caractère. Il écarta les dernières branches avant d’atteindre la clairière sans avoir rencontré un quelconque animal mort… mais, peut-être avait-il pu se cacher dans les fourrés ? Cette forme bizarre de l’autre côté de la clairière, comme suspendue au seul grand chêne vert haut d’une quinzaine de mètres, l’intriguait. Et toujours cette odeur nauséabonde qui l’indisposait !
Avant de bifurquer sur sa gauche pour aller dans son coin secret ramasser ses « moussirons », il décida d’aller voir « cette chose » de plus près, pour en avoir le cœur net. Ses pas foulaient l’herbe bien verte et, au fur et à mesure qu’il avançait, il fut pris d’une sorte d’angoisse inexplicable. La forme ne bougeait pas alors qu’il y avait une légère brise, ce qui excluait une bâche, un morceau de plastique ou un chiffon. Et puis, à présent il en était certain, l’odeur provenait de cet endroit et il eut subitement un pressentiment, cette vague impression qui fait prévoir ce qui va arriver.
La pluie s’était enfin arrêtée et, subitement, ses yeux horrifiés s’arrêtèrent sur une forme qui, très vite, se révéla être celle d’un homme. L’idée qu’il pouvait s’agir d’une femme ne l’avait même pas effleuré bien qu’elles s’habillent maintenant en pantalon. La morphologie peut-être de l’individu ou, tout simplement, une sorte d’intuition ?
Quoi qu’il en soit, Paul resta un instant figé sur place, la bouche ouverte, les yeux exorbités, le cœur battant à cent à l’heure. Sans qu’il en ait vraiment conscience, il recula doucement, très doucement comme pour ne pas réveiller le mort,  fit volte face et se mit à courir comme un fou et ne s’aperçut même pas qu’il laissait tomber son sac. Il traversa à nouveau le bois Nair dans le sens inverse en ignorant le petit sentier. Il courait à perdre haleine et écartait machinalement les feuillus, sans prêter attention aux griffures que lui infligeaient les branches et les ronces. Son cerveau était vide. Il fallait simplement qu’il s’échappe de cet endroit, qu’il se débarrasse de cette odeur et de cette vision d’horreur.

"Meurtres en Saintonge ou l'impossible descendance" s'inscrit dans une démarche régionale originale. L'enquête de gendarmerie est décortiquée de fond en comble, mettant l'accent sur les investigations précises et honorant ainsi le travail méticuleux mené par un personnage attachant, qui pourrait se rencontrer dans la vie de tous les jours.

Mais Jannick ne s'en tient pas qu'à l'intrigue romanesque. Elle évoque avec beaucoup de tact et de réalisme le caractère bien trempé des propriétaires terriens, du monde qui les entoure, des valeurs qui sont les leurs et qui, parfois, sont en décalage avec le monde sociétal.

Laissons place à Jean-Jacques Pécheux, rédacteur de la préface à découvrir intégralement dans le roman :

"Lorsque l’attachement aux racines et au terroir, associé à une imagination féconde, sort du bois pour nous servir tout un plateau d’émotions, on a envie de cesser de s’admirer béatement le nombril pour aller voir ce qui se passe ailleurs. Parce que, franchement, comment peut-on rester indifférent à la détresse des uns lorsque les autres se vautrent sans vergogne dans l’opulence en écrasant de leur méprisable hauteur un « petit monde » certes laborieux mais digne d’attention ? 

Il est des comportements qui ne sauraient trouver une quelconque justification dans la nécessité subjective de sauvegarder des acquis. Et lorsqu’ils s’expriment avec cette inhumanité induite par une incompréhension entre ayants-droits, nul ne saurait s’étonner des attitudes extrêmes que peuvent génèrer des situations inattendues. 

Au travers de cette saga prenante à plus d’un titre, Jannick Weber-Denéchaud restitue à la perfection le lourd climat de défiance, d’indifférence, de haine parfois, qui régit les interactions entre individus de mondes totalement opposés. Entre ces gens simples, voire frustrés, et ces seigneurs parvenus, rustres et implacables, dont elle dresse des portraits saisissants au fil de l’enquête conduite par un « patron » de gendarmerie locale, on est surpris de voir comment l’émotion parvient à s’insinuer et à s’imposer inlassablement sur le devant de la scène, dans toute sa sincérité, pour nous arracher des larmes du cœur et nous inviter à nous interroger sur les fondements de l’existence."

DE SAINTONGE EN POMÉRANIE

dsep1.jpgEn 2005, Jannick Weber-Denéchaud avait convaincu le lectorat du terroir saintongeais avec la publication d'un ouvrage plutôt bibliographique, intitulé "De Saintonge en Poméranie, chronique familiale". D'emblée, son récit emporta l'adhésion, puisque la Médaille de l'académie de Saintonge lui fut attribuée.

Date de dernière mise à jour : 25/03/2018